Qui a dit quoi ? Avec Thibault Langlois-Berthelot

« Qui a dit quoi ? » est une série d’articles lancée par Coin24 ayant pour but d’interroger des acteurs francophones du monde de la crypto-monnaie et de la blockchain pour vous éclairer sur des concepts ou vous présenter des solutions ou des produits liés à cette industrie pleine d’avenir. 

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Qui est Thibault Langlois-Berthelot ?

Thibault Langlois-Berthelot est doctorant en droit sur l’identité numérique et la technologie blockchain. Passionné par les nouvelles technologies et impliqué depuis 2017 dans l’écosystème blockchain et crypto français, il est le fondateur du réseau KRYPTOSPHERE® né la même année.

Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs ce qu’est l’identité numérique et ce qu’elle permet de faire ?

Thibault m’explique que l’identité numérique représente en théorie toutes formes de présence en ligne qu’un internaute génère et que l’on peut distinguer deux types d’identité numérique : l’identité numérique racine ou primaire et l’identité numérique étendue ou secondaire.

L’identité numérique racine ou primaire – Elle représente le prolongement de notre identité réelle et légale au sein de l’univers virtuel. Cette première catégorie comprend l’identité civile d’une personne (nom, prénom, âge), qui est matérialisée par ses documents d’identité officiels (carte nationale d’identité, permis de conduire, passeport) qu’elle fournira en ligne pour prouver son identité légale.

On comprend ici facilement que l’identité numérique racine dont parle Thibault n’est qu’une forme d’extension de l’identité juridique (civile), personnelle (physique) et réelle (courriel, numéro de téléphone) d’une personne qui navigue sur internet.

Thibault souligne aussi que cette forme d’identité numérique n’est utilisée que pour certains actes administratifs ou juridiques précis et répétitifs dans le but d’identifier avec fiabilité les personnes naviguant en ligne.

L’identité numérique étendue ou secondaire – Elle caractérise toutes les traces d’identité numérique secondaires qu’un internaute génère sur divers services en ligne. Cette seconde catégorie comprend nos pseudos et profils de réseaux sociaux, nos avatars de jeux vidéo, ainsi que d’autres comptes en ligne de nature commerciale (Amazon, Pinterest, Leboncoin) et sociale (Signal, Telegram).

Thibault souligne que ces traces étendues d’identité virtuelle sont le fait de l’internaute, qui décide de la création de ses comptes, ainsi que du choix de ses pseudos. En principe, il y a donc en une liberté d’utilisation et de gestion (éventuel pseudonymat), en relative opposition avec l’identité numérique racine précitée qui est fixée selon le droit positif en vigueur.

En pratique, lorsqu’un internaute navigue sur internet, les deux catégories d’identité numérique précitées sont utilisées de façon complémentaire et plus ou moins exclusive l’une de l’autre, selon les services dont bénéficie un utilisateur.

En termes d’usage, les identités numériques primaires et secondaires ont pour vocation d’authentifier les utilisateurs souhaitant accéder à des services en ligne m’explique Thibault. Toutefois, il souligne que l’identité numérique secondaire possède une dimension supplémentaire – celle d’une liberté de choix concernant la présence en ligne que souhaite endosser un internaute.

L’identité numérique est donc une notion subjective dont les contours et la définition dépendent de chaque internaute : certains perçoivent internet comme un simple prolongement virtuel de l’univers réel (identité numérique racine) et d’autres comme un espace de liberté sans frontière (identité numérique étendue) sur lequel le pseudonymat est érigé en tant que droit fondamental. Bien sûr, ces catégories sont purement indicatives, mais elles reflètent tout de même deux visions – complémentaires ou bien différentes selon les points de vue – d’un même concept.

Quelle est la pertinence d’adopter une architecture décentralisée pour proposer une identité numérique décentralisée ?

Les récents scandales liés à l’utilisation de nos informations personnelles par les grandes entreprises internationales comme Facebook montrent que nos données d’identité sont généralement sous le contrôle d’organisations et de serveurs externes. Cette constatation soulève donc diverses problématiques que Thibault expose.

Elle [l’identité numérique] est notamment fragmentée entre diverses organisations (bien souvent privées), peu interopérable et accessible, onéreuse et complexe à sécuriser. Dans certains cas, sa gestion est opaque, au détriment des utilisateurs et de leurs données personnelles qui sont parfois commercialisées en toute impunité.

Pour faire face à ces limites, l’identité décentralisée peut être une solution, car elle donne aux utilisateurs le contrôle sur l’utilisation et l’échange de leurs données.

Elle [l’identité décentralisée] propose une réinvention sans précédent de la manière de concevoir, de générer et d’exploiter l’identité numérique des personnes. Avec ce nouveau concept, il s’agit de positionner – totalement ou partiellement – l’utilisateur au centre des modèles de gestion d’identité, tout en dissipant le besoin de tiers de confiance. Pour la première fois, l’utilisateur a la possibilité technique de devenir acteur – et non plus simplement spectateur – de sa propre existence numérique.

Quels sont les avantages de cette nouvelle forme d’identité ? Qu’est-ce que la blockchain apporte vraiment à l’identité numérique ?

Comme me l’explique Thibault, la cryptographie, mêlée à de nouveaux standards en cours de développement, joue un rôle central dans la réalisation technique d’une identité décentralisée.

Ses implémentations utilisent des preuves cryptographiques (des « empreintes numériques » infalsifiables), afin de fournir une certitude mathématique du lien entre une personne et ses données à caractère personnel.

Cependant, l’identité décentralisée ne requiert pas nécessairement – comme infrastructure numérique sous-jacente – une blockchain. Dans les faits, force est de constater que le binôme entre les nouveaux standards du W3C et la technologie blockchain est incontestablement judicieux.

Les avantages intrinsèques qu’offre une infrastructure blockchain décentralisée se transposent naturellement à ces standards, dès lors qu’ils reposent sur cette dernière. De fait, de nombreux projets d’identité décentralisée recourent aujourd’hui à la technologie blockchain.

Consultez cet article introductif sur l’identité décentralisée rédigé par Thibault Langlois-Berthelot pour plus d’informations.

Alors que la blockchain soutient l’idée d’une identité souveraine, quelles sont les limites potentielles ?

Bien que la blockchain propose de nombreux avantages pour proposer une identité décentralisée ou identité souveraine, il existe plusieurs freins à son utilisation.

Défi juridique relatif à la qualification juridique ou encore à la valeur légale accordée aux identités numériques décentralisées et basées sur des technologies de registres distribués (blockchains).
Défi politique en raison d’une perception parfois négative du concept d’identité décentralisée (souvent perçu comme lié aux actifs numériques bien que les standards techniques et les finalités soient de toutes autres natures et donc simplement connexes).
Défi technique permanent afin de proposer des systèmes d’identité décentralisée fiable, robuste et pérenne.
Défi commercial car il peut être difficile de définir des modèles d’affaires sources de revenus et profits.

Comme le souligne Thibault, aucune de ces limites n’est insurmontable, dès lors que des investissements continus et réguliers permettront d’y répondre. La véritable question pour Thibault n’est pas de savoir si l’identité décentralisée s’imposera, mais plutôt de comprendre quand et à quel rythme.

Après tout, l’identité décentralisée est une idée pertinente dans un monde où la recherche d’une meilleure protection des données personnelles et de la vie privée s’intensifie. Elle permettrait en effet à ses utilisateurs, non seulement de devenir « maître » de leur identité numérique, mais aussi peut-être par extension, de devenir maître de leurs « destins numériques ».

Parallèlement, ce nouveau modèle d’identité augmentée, basée sur la confiance numérique, représente une nouvelle opportunité pour les entreprises, les États et plus généralement toutes autres entités évoluant dans l’univers numérique m’explique Thibault.

L’identité décentralisée restera, à moyen terme, hybride (centralisée et décentralisée) et pour prétendre un jour à une adoption massive, elle devra faire naître une unanimité technique, économique, politique et juridique.

Qui a dit quoi ? Avec Thibault Langlois-Berthelot – Le mot de la fin

Pour terminer, j’ai demandé à Thibault de nous parler du projet KRYPTOSPHERE® qu’il a initié et que je trouve particulièrement intéressant pour que les prochaines générations apprennent à mieux connaître les « technologies de rupture » voire qu’elles puissent travailler à leur développement et à leur adoption !

KRYPTOSPHERE® est un réseau de plusieurs associations étudiantes spécialisées sur plusieurs technologies de ruptures telles que les actifs numériques et la technologie blockchain, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle ou encore les objets connectés.

Initié en 2017 par mes soins, le projet compte aujourd’hui près de 300 étudiants ingénieurs et commerciaux dans toute la France (Paris, Rennes, Toulouse, Marseille et Lyon). Nos étudiants évoluent au sein de leurs écoles respectives (IMTBS-TSP, ESVIL, ESSEC, SUPAERO, RENNES SB, KEDGEBS, ENSAE) tout en partageant quotidiennement leurs savoirs, ressources, réseaux et compétences.

Thibault souligne que la vocation de ce projet est de vulgariser – théoriquement et techniquement – ces technologies auprès d’étudiants, de professionnels et d’institutions.

Pour comprendre notre société numérique et ses multiples technologies sous-jacentes, cela requiert des explications (articles, rapports, podcasts), des formations (programmation, conférences, hackathons) et surtout des interactions (avec nos étudiants-experts). Voilà ce que propose gratuitement KRYPTOSPHERE® depuis presque 4 années : éduquer les français  aux nouveaux enjeux technologiques du XIXème siècle.

Au-delà de ce projet pour les étudiants, les compétences informatiques et transversales des membres permettent aussi à l’association d’accompagner des entreprises sur divers prototypages relatifs aux actifs numériques ou encore à l’intelligence artificielle.

En définitive, forts de cette expérience associative et professionnelle, nos membres étudiants représentent une main-d’œuvre hautement qualifiée pour de nombreuses sociétés partenaires (Ledger, Binance, Smart Chain, Napoléon X, BC Diploma, Equisafe et bien d’autres) à la recherche de talents.

Pour plus d’informations, voici quelques projets développés par Thibault Langlois-Berthelot et ses équipes : 

Découvrez l’organisation du NASA Space Challenge 2020 par KRYPTOSPHERE®
Découvrez notre dernier projet parisien sur l’intelligence artificielle
Découvrez notre organization décentralisée basée sur Ethereum
Découvrez notre noeud Lightning Network et faites nous un crypto don

Merci à Thibault de nous avoir parlé de l’identité numérique et de KRYPTOSPHERE® !

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